En 1892, la direction d’Everton décide de quitter le stade emblématique d’Anfield (aujourd’hui le stade du Liverpool FC) et de construire son propre stade afin d’accroître ses bénéfices. Goodison Park voit le jour à seulement 1,2 km de leur ancienne demeure, de l’autre côté du parc Stanley.
Un stade légendaire au crépuscule de son histoire
L’enceinte devient rapidement une référence en matière d’infrastructures sportives entièrement dédiées au football, sous la houlette des architectes Kelly Brothers et Henry Hartley. Pouvant accueillir 40 157 spectateurs, le stade se distingue notamment par les sections « terraces » dans les deux tribunes principales, héritées de la reconstruction réalisée par l’Écossais Archibald Leitch à partir des années 1920.
Dans l’histoire du football anglais, Goodison Park est un stade pionnier. Il est le premier en Angleterre à disposer de gradins couverts et l’un des premiers à installer un système de chauffage sous la pelouse dans les années 1950.
Surnommé « la grande vieille dame », l’antre d’Everton a été le théâtre de plusieurs grands événements, symbolisant un pan de l’histoire du football britannique. Il est également le seul stade d’un club anglais à avoir accueilli une demi-finale de Coupe du Monde en 1966 et détient le record du plus grand nombre de rencontres de première division disputées sur son terrain.

Goodison Park est bien plus qu’un simple stade pour les supporters d’Everton. Il représente l’âme du club, un lieu chargé d’histoire où plusieurs générations de fans se sont rassemblées pour soutenir les Toffees. Il est souvent décrit comme l’un des stades les plus chaleureux et intimes d’Angleterre, grâce à la proximité des tribunes avec la pelouse.
Le stade est aussi le cœur de la communauté locale, contribuant à l’identité culturelle du quartier de Walton. Il est associé à de nombreuses légendes du club, comme Dixie Dean, l’un des plus grands joueurs de l’histoire d’Everton.
Un dernier derby pour la gloire
Le derby de la Mersey est l’un des plus historiques du championnat anglais. Le Goodison Park aura droit à une dernière représentation en hommage à son héritage, à son importance dans le développement du football anglais et à son ancrage local chez les Toffees. Un match rempli d’entrain, avec une équipe d’Everton déterminée à ne pas conclure cet épisode à la « grande vieille dame » sur une défaite…
Deux protagonistes ont fait de cette dernière rencontre un événement mémorable pour les supporters. D’un côté, Liverpool, leader incontesté de la Premier League avec un total de 57 points en 24 matchs (17 victoires, 6 nuls et une défaite). De l’autre, une équipe d’Everton en difficulté (15ème avec 27 points), fidèle à la tendance des dernières saisons, avec des résultats irréguliers malgré le soutien indéfectible d’un public toujours aussi passionné et engagé.

Pourtant, lors de cette opposition de la 15e journée de championnat, les Blues n’ont pas eu grand-chose à envier à leurs adversaires. Everton est entré sur le terrain avec les crocs, un plan de jeu bien précis et de belles ambitions.
L’objectif : surprendre les Reds et ne pas reculer face à leur excellente maîtrise technique et tactique. La première mi-temps est plutôt dominée par les joueurs d’Everton, qui ouvrent le score dès la 11e minute par l’intermédiaire du Bissau-Guinéen Beto, sur coup de pied arrêté. Malheureusement pour eux, les festivités ne durent pas, puisque l’Argentin Mac Allister égalise seulement cinq minutes plus tard, d’une magnifique tête sur un centre du « pharaon » Mohamed Salah.
En seconde période, Liverpool pousse et finit par prendre l’avantage à la 73e minute grâce à ce même joueur, buteur au bon endroit, au bon moment. Goodison est climatisé, et l’atmosphère pèse sur les morales. Le point du nul semble inespéré face à une équipe coachée par Arne Slot, au parcours parfait et dotée d’une défense de fer.

Les minutes s’égrènent, et la montre affiche six minutes de temps additionnel, laissant un dernier espoir pour renverser la rencontre et clôturer ce chapitre à Goodison Park sur une note positive. À la 96e minute, l’Ukrainien Mykolenko tente désespérément un centre dans la surface d’Alisson. Le ballon rebondit sur plusieurs têtes avant d’atterrir sur le pied droit du vétéran James Tarkowski, qui envoie instinctivement une puissante reprise de volée.
La frappe se loge juste sous la barre transversale d’Alisson, marquant ainsi le dernier but inscrit par un Toffee dans l’antre du club d’Everton. Les joueurs célèbrent, les supporters communient, et les filets de Goodison Park tremblent une ultime fois en faveur d’un club profondément ancré dans le cœur de ses fidèles. Derrière l’euphorie de cet instant, plane une certaine mélancolie. Cette célébration marque la fin d’une époque. L’histoire, les accomplissements et l’héritage de Goodison Park s’apprêtent à prendre un nouveau départ à l’Everton Stadium, sur les rives du Bramley-Moore Dock, à Vauxhall.
Une fin houleuse
Il serait hypocrite de ne pas évoquer l’affrontement entre Curtis Jones (Liverpool) et Abdoulaye Doucouré (Everton), survenu après l’égalisation de dernière minute. Le jeune milieu de terrain britannique bouscule le Malien par derrière, déclenchant ainsi un début de bagarre générale entre les 22 acteurs de la rencontre. Cette confrontation illustre parfaitement la rivalité locale qui anime ces deux monuments du football anglais. L’animosité est réelle, la tension palpable, et la frustration bien présente chez les Reds.
Ce litige met en lumière l’importance de remporter un tel choc dans les mémoires locales, un derby qui dure depuis le 13 octobre 1892. En quelques échanges de coups et d’insultes, nous, téléspectateurs, étions témoins d’une scène résumant 131 années de football, entre moments d’exultation et désillusions totales. Goodison Park aura tout connu. C’est face à ce spectacle que la Grande Vieille Dame tire sa révérence et dira adieu au football anglais pour de bon à la fin de la saison.

Le Derby de la Mersey en quelque chiffres :
- 245 matchs au total
- 99 victoires pour Liverpool
- 78 matchs nuls
- 68 victoires pour Everton
- 345 buts marqués par les Reds
- 271 buts marqués par les Blues
- Meilleurs buteurs :
- Liverpool : Ian Rush (Pays de Galle) = 25 buts
- Everton : Dixie Dean (Angleterre) = 19 buts
Par Rémi Tauzin.


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